Prêt à découvrir votre prochain album d’anthologie ? As It Is risque gros et nous ramène vers un Rock authentique et tranchant comme on n’en fait plus depuis maintenant 10 ans. Fini de représenter le suicide et la dépression de façon romantique, il est temps d’ouvrir un véritable dialogue…en musique.

asit isthe great

Avec son premier album, As It Is nous sensibilait déjà aux maux de ce monde brisé avec des titres comme Okay, Hey Rachel ou encore No Way Out. Le groupe arborait cependant une image bien proprette avec son look jeans et t-shirts blancs et une Pop Punk très acidulée.

Cette fois le groupe originaire de Brighton passe à la vitesse supérieure en s’offrant une ère plus sombre mais criante de vérité. Né de ce renouveau The Great Depression, un album intelligent et courageux ne craignant pas de casser les codes à l’instar de leur nouveau look. Se teintent de noir design, cheveux, ongles et eyeliner pour un retour à un style très émo (merci).

Pourquoi s’attarder autant sur l’image du groupe ? Tout simplement car il nous a spoilé brillamment les intentions de cet album : un retour au Rock viscéral, celui qui laisse parler les tripes, que l’on n’achète pas à coups de tweets. Si le Rock était populaire dans les années 2000 avec des figures emblématiques comme Pete Wentz dans tous les médias, l’heure semble passée. Difficile pour As It Is d’imaginer qu’il faille se vendre à d’autres genres pour se faire entendre quand pour eux le Rock reste le style musical qui a le plus à défendre. Alors plutôt que de vendre leur âme à la Pop, Patty, Ben, Foley et Alistair ont pris un gros risque en empruntant un sentier abandonné depuis quelques temps et à des années lumières de leur ancien style.

Un sujet délicat mais réel

La romantisation du suicide et des maladies mentales ainsi que la masculinité toxique ont principalement inspiré Patty Walters pour cet album. De nombreuses chansons existent sur le sujet mais peu se révèlent d’une grande justesse et prônent plus qu’autre chose la beauté du tragique. Les garçons voient ici un véritable danger et le besoin d’ouvrir le dialogue pour une prise de conscience collective.

C’est en janvier 2017 que Patty partage avec le groupe le désir de faire entendre sa voix sur ces sujets et l’idée de The Great Depression voit le jour. Si les grandes lignes étaient déjà présentes, la mort de Chester Bennington va finir par donner forme au tableau et confirme la nécessité de l’œuvre. The Great Depression n’a pas vocation de vous inculquer une nouvelle façon de penser. Il semblerait que l’œuvre pose réellement plus de questions qu’elle ne donne de réponses. As It Is ne se taraudent pas d’être des prêcheurs. Ce sont des consommateurs comme vous et moi mais surtout des artistes qui ont la possibilité de se faire entendre…

Pour Patty, l’obsession actuelle des réseaux sociaux fait naître une réelle prise de conscience : les mentalités changent et les rapports humains ne seront plus jamais pareils. Que ce soit par le cyber harcèlement, l’incitation à des actes comme le suicide, les commentaires non désirables ou le jugement perpétuel, nos vies semblent alors totalement dévalorisées et fragilisées. The Wounded World ou encore The Stigma (Boys Don’t Cry) tiraient déjà le signal d’alarme. Le premier titre de l’album nous confirme les intentions du groupe.

Ben, quant à lui, partage une histoire personnelle avec The Haunting et relate la tragédie d’une sœur dont le frère jumeaux s’est suicidé après avoir subi des abus. Se pose alors la question de la culpabilité et du désarroi ce ceux qui restent. Une chanson douce et amère bien émouvante pour le dernier chapitre de l’oeuvre dont la fin reste à imaginer. Avez-vous entendu le message ? A vous d’en déduire si le poète a cédé ou non à la terrible tentation.

Un concept intelligent

La dépression, telle une grande mascarade offerte par la vie, est peinte ici à travers 4 tableaux : la déni, la colère, le marchandage et l’acceptation. Il s’agit initialement de 4 des 5 étapes du processus de deuil exposé par le Docteur Elisabeth Kübler Ros dans les années 60. L’étape de la dépression bascule pour se retrouver au cœur du problème. Pour pousser à la réflexion, le groupe vous narre l’histoire d’un poète qui est tellement insensible à la mort que celle-ci apparaît devant lui. Elle lui explique alors l’équilibre entre la vie et la mort. Elle ne le pousse pas dans ses bras mais plutôt à la réflexion et lui propose d’apaiser ses douleurs, non la résolution de ses problèmes. Troisième et dernier personnage, sa femme. Elle représente l’être aimé, ce lien qui le rattache à la vie.

En s’inspirant de son histoire mais aussi de ses nombreuses rencontres faîtes ces dernières années, le groupe a pu construire une œuvre forte de vérité et nécessaire pour aider à faire évoluer les mentalités sur les maladies mentales, la dépression et le suicide. Ce combat, les garçons le mènent depuis déjà un petit moment, notamment aux côtés de l’association Hope for the Day (à venir prochainement : Rencontre avec Patty & Jonny au Warped Tour).

A l’image de The Black Parade, The Chronicles of Life and Death, Save Rock and Roll ou encore One Day Son, This Will All Be Yours, The Great Depression a des allures de véritable œuvre littéraire tragique finement ficelée. Plus les chapitres défilent, plus l’histoire est prenante. Il devient alors difficile de choisir un seul et unique coup de cœur puisque pour vivre l’œuvre pleinement et conserver son sens, il faut l’apprécier dans son intégralité.

POUR ALLER PLUS LOIN… DECRYPTAGE

LE DENI

Patty vous accueille dans cette nouvelle histoire avec The Great Depression. Il prend ici les traits du poète et appelle les consommateurs à écouter attentivement les chansons à venir. Après tout, « elles pourraient bien vous sauver la vie« . Vous voilà prévenu. Il incarne le rôle problématique de celui qui montre l’horrible pour faire naître le nécessaire. Celui qui amène l’obscurité pour faire apporter la lumière. Il vous interpelle avec insistance car il est difficile pour vous d’entendre la vérité. Saurez-vous entendre l’appel à l’aide ?

Ce premier titre très théâtral, sombre et envoûtant reflète parfaitement l’ambiguïté du problème à l’image du titre dénonciateur The Wounded World. La présence des chœurs et du mégaphone donnent encore plus de résonance aux propos. Non seulement ils permettent de se faire entendre davantage dans une société volontairement sourde mais ils créent également une atmosphère de dictature propice aux conflits.

La rythmique de The Fire, The Dark et son riff lourd font des étincelles couplés au screamo de Patty avant d’enchaîner sur un refrain lumineux. Cette piste douce et amère est un véritable régal pour les oreilles. Elle représente parfaitement ce moment où le déni est fin prêt à revêtir le costume de la colère.

LA COLERE

Ce nouveau chapitre commence par The Stigma (Boys Don’t Cry), une des chansons les plus fortes et emblématiques de l’album dont le clip nous hante toujours. Si tout commence dans la douceur avec la voix poignante de Patty, le riff de guitare de Ben vient réveiller les consciences et déclenche un soulèvement aussi bien des guitares que des consciences. Notre société est ici peinte comme une dictature où le préjugé selon lequel un homme se doit d’être fort a la vie dure. Il est ici aussi bien question de la force physique (la virilité) que de la force mentale : un homme ne pleure pas. Le groupe exprime ici le droit à ressentir la tristesse et à assumer ses moments de peine, ses craintes, ses différences, tout simplement son humanité.

The Handwritten Letter est le morceau Pop Punk de l’album et rappelle l’ancien son As It Is dans la lignée de titres comme No Way Out ou Winter’s Weather. Il pourrait même se glisser sans surprise dans la discographie de groupe avec une énergie semblable comme State Champs.

S’en suit un des slows les plus touchants de The Great Depression, The Questions, The Answer. Son beat très années 90 vous berce pour faire taire la colère. Si le style surprend un peu dans le répertoire du groupe car beaucoup moins Rock, il n’en est pas moins appréciable car nécessaire. Il rappelle également la douceur d’anciens morceaux comme My Oceans Were Lakes. Avec ce dernier titre du tableau, c’est le moment des questions sans réponses, de la crainte du lendemain et de la perte des repères. Il alors temps de passer aux négociations pour rattraper ses erreurs.

LE MARCHANDAGE

La faucheuse pointe le bout de son nez avec The Reaper et la participation d’Aaron Gillespie d’Underoath. Cette collaboration donne vie au son le plus Hardcore d’As It Is et quel plaisir ! The Reaper est un véritable bijou de toute part : les voix y sont poignantes, le message fort, la batterie y est puissante et le riff de guitare hypnotique pour une rencontre explosive en fin de morceau avant de laisser la parole à Aaron Gillespie. C’est le moment clé de l’album, celui où la dépression devient alarmante et les décisions regrettables. Le poète qui avait perdu goût à la vie et dont l’importance semblait lui échapper jusqu’alors, comprend son ignorance et supplie la mort de lui accorder une deuxième chance.

Alors déchiré entre la sérénité des ténèbres et les supplications de celle qui l’aime sur Terre, il entend un appel des deux côtés de ce monde sur The Two Tongues (Screaming Salvation). Les voix déchirantes au début du morceau nous appellent d’un autre monde et nous fait penser à l’audace de My Chemical Romance.

S’enchaîne alors The Truth I’ll Never Tell, morceau fortement Pop Punk. Il met en avant deux des problèmes majeurs de la dépression : l’isolement et le manque de communication. « If I open my mouth, I’m only going to bring you down. » (Si j’ouvre la bouche, je n’arriverais simplement qu’à te briser.).

L’ACCEPTATION

Le dernier tableau redémarre sur la très catchy The Haunting qui vient contredire les a priori de The Truth I’ll Never Tell et de la société sur le suicide : « The system doen’t sell the truth, so death to youth. Can you hear me? You die to dream and you dream to die. » (Le système ne vend pas la vérité, alors mort à la jeunesse. Peux-tu m’entendre? Tu meurs de rêver et rêve de mourir.)

On reste sur un style beaucoup moins Rock sur la forme mais qui l’est toujours profondément dans le fond avec The Hurt, The Hope. La fin de cet album plus doux semble annoncée une certaine quiétude. Le poète commence à voir l’issue de sa réflexion. Il accepte sa tristesse et sa douleur. Il reconnaît la nécessite de faire que les choses s’améliorent.

Si vous pensez alors avoir compris que la vie allait remporter le combat, le dernier titre The End vous prouve une nouvelle fois que rien n’est jamais gagné d’avance. Vous restez le propre maître de la décision. Les complaintes de l’ouverture de The Great Depression referment l’album. La question qui se pose réellement est la suivante : et vous, avez-vous bien écouté ?

TRACKLIST

Stage I: Denial

1. The Great Depression
2. The Wounded World
3. The Fire, The Dark

Stage II: Anger

4. The Stigma (Boys Don’t Cry)
5. The Handwritten Letter
6. The Question, The Answer

Stage III: Bargaining

7. The Reaper (ft. Aaron Gillespie)
8. The Two Tongues (Screaming Salvation)
9. The Truth I’ll Never Tell

Stage IV: Acceptance

10. The Haunting
11. The Hurt, The Hope
12. The End.


Vous pourrez retrouver As It Is sur la scène de la Boule Noire en compagnie de Trash Boat le 23 novembre prochain. Des places pourraient être mises en jeu sur le site alors restez connectés. En attendant, on vous propose de redécouvrir notre interview de Patty et Ben l’été dernier lors de leur venue au LongLive Festival juste ICI.

Live report parisien également disponible.

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